Casablanca : Des sanitaires publics encore en quête de dignité

Alors que la ville concentre les flux, les activités, les visiteurs et les espaces de loisirs, l’accès à des sanitaires propres, accessibles et sécurisés demeure insuffisant. C’est l’un des constats mis en avant par Farida Jaïdi, ancienne ambassadrice du Maroc en Suède et au Brésil et présidente d’EWA, dans le cadre de la campagne «100 jours, 100 messages, un même combat: la dignité », lancée tout récemment à l’approche de la Journée mondiale des toilettes, célébrée le 19 novembre.
À l'échelle locale, l’association ne prétend pas avoir réalisé un inventaire exhaustif des équipements sanitaires. Son approche se veut davantage fondée sur l’observation de la métropole et sur les situations rencontrées quotidiennement par ses habitants. «Notre constat est beaucoup plus simple: au niveau national, nous avons constaté que la problématique de l’accès à des toilettes propres, accessibles, entretenues et sécurisées se pose », explique Farida Jaïdi.
Dans la métropole, cette question prend une dimension particulière. «Nous sommes frappés par le manque de toilettes publiques, y compris dans des lieux très fréquentés et touristiques comme la Corniche de Casablanca», souligne la diplomate.
Le problème ne se résume d’ailleurs pas à l’absence pure et simple d’équipements. «Lorsque des toilettes existent, elles peuvent être fermées ou se trouver dans un état qui n’est pas digne d’une capitale économique et touristique comme Casablanca», poursuit la militante associative.
Cette situation pose une question concrète sur le niveau de la vie urbaine. Dans une ville où l’espace public est constamment sollicité, l’accès aux sanitaires touche à la fois à l’hygiène, à la santé, à l’inclusion et à la possibilité, pour les habitants comme pour les visiteurs, de circuler plusieurs heures dans la ville sans dépendre systématiquement des toilettes d’un café, d’un restaurant ou d’un établissement privé.
La cité blanche a pourtant engagé des améliorations. Selon Farida Jaïdi, «une volonté d’amélioration» s’est notamment traduite par l’installation récente d’une quarantaine de toilettes publiques. Une avancée qui ne suffirait toutefois pas, estime-t-elle, à répondre aux besoins d’une métropole de cette dimension et à la fréquentation qu’elle connaît.
L’installation d’équipements supplémentaires fait également apparaître une seconde difficulté: leur conservation. Certaines toilettes ont ainsi été vandalisées, faisant de la question sanitaire un problème qui dépasse la seule construction d’infrastructures. «Cela montre que la question ne peut pas être uniquement abordée sous l’angle de l’installation d’infrastructures», observe Farida Jaïdi.
La propreté et la disponibilité des sanitaires supposent en effet toute une chaîne : installation, entretien, maintenance, sécurisation, mais aussi respect des équipements. Une équation qui place l’usager au cœur de la réflexion. «Une toilette publique doit être propre, accessible, entretenue et sécurisée, mais sa pérennité dépend aussi du respect de l’équipement par les usagers», insiste-t-elle avant d'en conclure que l'enjeu est double, car «il faut à la fois développer l’offre, améliorer sa qualité et responsabiliser l’ensemble des acteurs, y compris les citoyens».
