Maroc : Farida Jaidi plaide pour des sanitaires publics dans les normes

L’initiative «100 jours, 100 messages, un même combat : la dignité» de l’Environmental Women Association (EWA) entend sensibiliser sur les multiples dimensions que revêt l’accès à des sanitaires propres et sécurisés dans les espaces publics. Portée par l’ancienne ambassadrice et diplomate marocaine Farida Jaidi à travers son association lancée en 2016, cette campagne sur cent jours est organisée en amont de la Journée mondiale des toilettes, le 19 novembre. L’idée est de diffuser en ligne un message de sensibilisation par jour, afin de contribuer à «briser les tabous» autour d’une question de santé publique, de civisme et de bien-être.
Contactée par Yabiladi, Farida Jaidi explique que l’initiative est née d’un constat sur plusieurs années, mais aussi et surtout d’une prise de conscience quant au lien direct entre la disponibilité de ces infrastructures et son impact sur de nombreux indices de développement onusiens, notamment la santé, l’éducation et la situation des filles, encore plus dans les zones rurales. En s’intéressant aux expériences vues dans les autres pays, lors de ses missions diplomatiques en Suède, au Brésil, au Paraguay au Suriname, ou encore à Montréal, elle mesure davantage l’importance de la question.
«Depuis 2016, j’ai créé l’association dans cet esprit-là. Nous avons organisé beaucoup d’activités, d’événements, de rencontres avec les responsables, les écoles, les universités… J’ai constaté que le tabou était encore présent et qu’on considère encore que la question des sanitaires est un sujet secondaire, d’où l’initiative de sensibilisation en ligne», nous déclare Farida Jaidi, rappelant que «beaucoup de maladies mortelles peuvent être évitées grâce à l’accès à des sanitaires dans les normes, comme le choléra, la diphtérie et de nombreuses infections».
Soulignant également l’ampleur des mortalités chez les enfants à cause de la diarrhée à travers le monde, selon l’OMS, Farida Jaidi insiste sur le fait que «pour les femmes et les filles en particulier, disposer de toilettes publiques propres, accessibles, entretenues et sécurisées constitue un enjeu de santé, de sécurité et de dignité, notamment dans les espaces publics, les établissements scolaires, les lieux de travail et lors des déplacements».
La responsabilité des citoyens et des élus locaux
Citant les données 2024 de l’initiative conjointe OMS/UNICEF de suivi de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène, l’EWA rappelle que «8,4% de la population du Maroc utilisait un service d’assainissement géré en toute sécurité». Pour l’ONG, ce chiffre traduit l’impératif de «mobiliser citoyens, collectivités locales, décideurs, entreprises, médias, créateurs de contenu et acteurs de la société civile afin de faire de cette question un sujet collectif et d’encourager des solutions concrètes et durables».
Selon Farida Jaidi, la sensibilisation des citoyens reste la clé d’une mobilisation impactante. «Chacune et chacun doit mesurer l’importance de ce droit, qui peut alors être exigé au président de chaque commune et qui, une fois obtenu, doit être respecté et bien entretenu», nous dit-elle.
Au-delà de la dimension «d’hygiène, de santé et de dignité», l’EWA estimepar ailleurs que le développement d’un réseau public de sanitaires dans les normes peut «contribuer à l’émergence de nouvelles activités économiques et à la création d’emplois», notamment dans les domaines d’ingénierie et BTP, de plomberie et gestion des ressources, d’entretien et de maintenance, de sécurité et de gestion des espaces, de gestion et de valorisation des déchets.
Dans ce sens, l’initiatrice de la campagne défend une approche globale qui inclut ces infrastructures à l’«aménagement urbain, au service public et au développement local», de façon à faire du 19 novembre «un temps fort de mobilisation» et à «encourager une réflexion concrète».
