Pourquoi l’accès aux toilettes publiques au Maroc est-il devenu une question de dignité ?

À l’approche de la Journée mondiale des toilettes, l’accès à des sanitaires publics propres, accessibles et sécurisés s’impose comme un enjeu de santé, de dignité et de qualité de vie au Maroc.

À l’approche de la Journée mondiale des toilettes, Environment Women Association (EWA) lance au Maroc une campagne de sensibilisation de 100 jours consacrée à l’accès à des sanitaires publics propres, accessibles, entretenus et sécurisés.

À travers cette initiative, l’association entend placer au cœur du débat public une question souvent reléguée au second plan, en mobilisant citoyens, collectivités locales et pouvoirs publics autour des enjeux de santé, d’hygiène, de sécurité et de dignité.

Lancée le 11 août et prévue jusqu’au 19 novembre, date de la Journée mondiale des toilettes, la campagne intitulée « 100 jours, 100 messages, un même combat : la dignité » repose sur la diffusion quotidienne de messages de sensibilisation.

Dans son communiqué publié le 21 août à Rabat, EWA souligne que la disponibilité et la qualité des sanitaires dans les espaces publics concernent directement le bien-être et la dignité des citoyens, avec des enjeux particuliers pour les femmes et les filles dans les lieux publics, les établissements scolaires, les lieux de travail ou encore lors des déplacements.

Un simple confort ou un véritable droit ?

Dans un entretien accordé à Maroc Diplomatique, Farida Jaidi, présidente de l’Environment Women Association (EWA), affirme que cette question s’inscrit également dans un cadre international relatif aux droits fondamentaux. Diplomate de carrière, elle a notamment été ambassadrice du Maroc en Suède, au Brésil, au Paraguay et au Suriname, ainsi que consule générale du Maroc à Montréal, et a occupé plusieurs responsabilités au sein de la diplomatie marocaine.

« Je voudrais rappeler deux choses. En 2013, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution 67/291, qui fait du 19 novembre la journée mondiale des toilettes », explique-t-elle. Elle rappelle également qu’en 2015, l’Assemblée générale a reconnu le droit à l’assainissement comme un droit humain fondamental et distinct du droit à l’eau dans sa résolution 70-169.

« Si les Nations Unies se sont penchées sur cette question, c’est que vraiment ça a un intérêt au niveau international », souligne Farida Jaidi, qui inscrit ainsi l’accès aux sanitaires dans le champ des droits fondamentaux, au-delà d’une simple question de confort.

Dans les espaces publics marocains, la présidente relève toutefois la persistance de difficultés liées à la disponibilité, à la propreté, à l’entretien et à la sécurité des toilettes. Farida Jaidi insiste particulièrement sur les difficultés auxquelles peuvent être confrontés les femmes et les enfants lorsqu’aucune infrastructure adaptée n’est disponible ou lorsque les installations existantes ne répondent pas aux conditions d’hygiène attendues.

« Quand je parle de dignité, bien sûr que c’est une question de confort et de bien-être, mais c’est une question de dignité, surtout pour les femmes et les enfants, quand ils n’en trouvent pas ou quand ils les trouvent dans un état lamentable, loin des normes qui sont admises au niveau international », affirme-t-elle.

« On parle souvent de “Hchouma”, mais la véritable “Hchouma”, c’est justement d’être contraint de faire ses besoins dans la rue. C’est pour cela que je considère que cette question touche directement à notre dignité », ajoute Farida Jaidi.

Au-delà de la question sanitaire, la présidente d’EWA évoque également les répercussions sur l’environnement et sur l’image du pays. « En plus de notre santé et en plus de notre environnement et en plus de notre image de marque au niveau international, donc ça touche à notre dignité », déclare Farida Jaidi.

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La campagne lancée par EWA entend ainsi agir sur deux fronts : solliciter les pouvoirs publics pour renforcer les infrastructures et appeler les citoyens à préserver celles qui existent, « pour qu’ils les respectent et ne les dégradent pas ».

Pas un besoin secondaire

Farida Jaidi estime que la demande des citoyens constitue également un élément important dans la prise en compte de cette problématique par les responsables locaux.

« Les collectivités locales et les pouvoirs publics, ce sont les premiers responsables, bien sûr, pour pouvoir avoir ces toilettes », rappelle-t-elle. Elle ajoute toutefois que « si le citoyen ne demande pas ces toilettes, ils ne vont pas les construire ». L’objectif de l’association consiste donc également à faire comprendre que l’accès à des sanitaires publics ne constitue pas un besoin secondaire.

Dans ce cadre, la présidente appelle à une présence accrue de sanitaires publics dans les espaces où les besoins sont les plus importants. Les rues, les plages, les forêts, les souks et divers établissements sont cités parmi les lieux où la question de l’accès à des toilettes adaptées demeure posée.

« On ne peut pas voir toutes ces infrastructures qui se développent à travers le Maroc et ne pas disposer, en parallèle, de quelque chose d’aussi fondamental et nécessaire sur le plan physiologique et hygiénique que des toilettes publiques propres, accessibles et sécurisées », explique-t-elle.

Les données internationales citées par EWA donnent également une mesure plus large des enjeux liés à l’assainissement. Selon les données de 2024 de l’initiative conjointe de suivi de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène de l’Organisation mondiale de la Santé et de l’UNICEF, 8,4 % de la population du Maroc utilisait un service d’assainissement géré en toute sécurité. L’association précise que cette donnée concerne l’assainissement au sens large et ne constitue pas une mesure spécifique de l’accès aux toilettes publiques.

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Dans le même temps, EWA considère que la mise en place et la gestion d’un réseau de sanitaires publics peuvent également ouvrir des perspectives économiques. La conception et la construction des infrastructures mobilisent notamment l’ingénierie et le BTP, tandis que la plomberie, la maintenance, le nettoyage, la sécurité, la gestion des espaces et la valorisation des déchets peuvent également générer des activités et des emplois.

Pendant les 100 jours de la campagne, l’association souhaite ainsi mobiliser les collectivités locales, les entreprises, les médias, les journalistes, les créateurs de contenu, les associations et les citoyens afin de faire du 19 novembre un temps fort de mobilisation et de maintenir cette question dans le débat public.

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