Toilettes publiques au Maroc : EWA veut faire de la dignité une priorité

Au Maroc, une campagne entend faire sortir les toilettes publiques du registre des sujets que l’on préfère éviter. L’Environment Women Association (EWA) a lancé, le 11 août, l’opération « 100 jours, 100 messages, un même combat : la dignité », une mobilisation nationale destinée à sensibiliser l’opinion à l’accès à des sanitaires publics propres, accessibles, entretenus et sécurisés.

Le principe est simple : pendant 100 jours, l’association diffuse quotidiennement un message consacré à cette problématique, jusqu’au 19 novembre, date de la Journée mondiale des toilettes.

Derrière cette initiative, EWA souhaite surtout transformer une question souvent considérée comme secondaire en véritable sujet de politique publique et d’aménagement urbain. L’association appelle ainsi citoyens, collectivités locales, entreprises, médias, journalistes, créateurs de contenu et acteurs associatifs à participer à la réflexion.

Une question d’hygiène, mais aussi de santé et de sécurité

L’accès à des sanitaires adaptés ne relève pas uniquement du confort. À l’échelle internationale, les Nations unies considèrent l’assainissement comme un droit humain et soulignent le rôle des toilettes sûres et hygiéniques dans la protection de la santé, de l’environnement et de la dignité.

La question prend une dimension particulière pour les femmes et les filles. L’absence de sanitaires sûrs, privés et accessibles peut affecter leur santé, leur mobilité, leur scolarité ou encore leur sécurité dans l’espace public. L’édition 2026 de la Journée mondiale des toilettes sera d’ailleurs consacrée au lien entre assainissement et égalité entre les femmes et les hommes.

Au Maroc, les données internationales permettent également de mesurer les défis qui subsistent dans le domaine de l’assainissement. Selon les données 2024 du programme conjoint de suivi de l’Organisation mondiale de la santé et de l’UNICEF, 8,4 % de la population marocaine bénéficiait d’un service d’assainissement géré en toute sécurité. Cet indicateur concerne l’assainissement au sens large et ne mesure pas spécifiquement la disponibilité des toilettes publiques. Il permet néanmoins de replacer la campagne d’EWA dans un enjeu plus vaste d’accès à des services sanitaires sûrs.

« Nous ne demandons pas la lune »

Pour Farida Jaidi, présidente de l’Environment Women Association, la question doit désormais être abordée comme une exigence élémentaire de la vie quotidienne.

« Nous devons tous nous manifester pour exiger ce droit à la dignité », estime-t-elle, en appelant à ne pas considérer les toilettes publiques comme une infrastructure accessoire, mais comme un service répondant à des besoins fondamentaux.

Cette approche rejoint les préoccupations portées au niveau international par les Nations unies. La Journée mondiale des toilettes, observée chaque 19 novembre, vise précisément à accélérer les efforts en faveur d’un accès universel à l’assainissement et à contribuer à l’objectif de développement durable numéro 6, consacré à l’eau et à l’assainissement pour tous d’ici 2030.

Des sanitaires publics qui peuvent aussi créer de l’activité

EWA entend par ailleurs dépasser le seul registre de la sensibilisation. Pour l’association, le développement d’un véritable réseau de toilettes publiques pourrait générer des besoins dans plusieurs secteurs économiques.

De la conception des infrastructures à leur construction, en passant par la plomberie, l’entretien, la maintenance, la sécurité, la gestion des espaces et le traitement des déchets, la création et l’exploitation de sanitaires publics pourraient mobiliser différents métiers.

Cette vision replace donc les toilettes dans une réflexion plus large sur la ville : elles constituent à la fois une infrastructure sanitaire, un équipement de proximité, un élément de l’aménagement urbain et un service destiné aux usagers.

L’enjeu est d’autant plus important que l’assainissement ne s’arrête pas à l’installation d’un WC. L’Organisation mondiale de la santé rappelle qu’un système d’assainissement correctement géré repose sur une chaîne comprenant notamment le confinement des déchets, leur transport et leur traitement avant leur retour dans l’environnement.

Cent jours pour passer du constat à l’action

Avec cette campagne, EWA veut installer progressivement le sujet dans le débat public. Les 100 messages prévus jusqu’au 19 novembre doivent servir à sensibiliser, mais aussi à susciter des témoignages et à encourager les acteurs concernés à envisager des réponses concrètes.

L’association souhaite notamment interpeller les collectivités locales et les responsables de la gestion des espaces publics sur la nécessité de disposer de sanitaires régulièrement entretenus, accessibles à différents publics et conçus dans des conditions garantissant hygiène et sécurité.

Le choix du 19 novembre comme échéance donne à cette mobilisation une dimension internationale. Chaque année, la Journée mondiale des toilettes rappelle que l’accès à un assainissement sûr demeure un défi mondial. En 2026, l’accent sera mis sur la manière dont des services sanitaires sûrs peuvent contribuer à protéger et à renforcer l’autonomie des femmes et des filles.

Faire des toilettes publiques un indicateur de qualité de vie

À travers cette initiative, l’Environment Women Association cherche finalement à changer le regard porté sur un équipement banal mais essentiel. Une ville ne se mesure pas uniquement à ses routes, ses espaces verts ou ses infrastructures de transport. La possibilité pour un habitant, un visiteur, une personne âgée, une femme enceinte ou une personne à mobilité réduite de trouver un sanitaire propre et accessible participe également à la qualité de l’espace public.

La campagne « 100 jours, 100 messages, un même combat : la dignité » entend ainsi ouvrir un débat qui dépasse la question des toilettes elles-mêmes : celui de la qualité des services publics, de l’inclusion, de la santé et du respect des usagers.

Reste désormais à savoir si cette mobilisation parviendra à déboucher sur des engagements concrets et durables. Pour EWA, l’objectif est clair : faire de l’accès à des toilettes publiques propres, accessibles, entretenues et sécurisées non plus une exception, mais une composante normale de l’espace urbain marocain.

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