Toilettes publiques : EWA lance 100 jours de mobilisation pour un enjeu de dignité et de santé publique

Et si l’accès à des toilettes publiques propres, accessibles et sécurisées devenait un véritable enjeu de politique publique au Maroc ? C’est le pari de l’Environment Women Association (EWA), qui lance une campagne nationale de sensibilisation intitulée « 100 jours, 100 messages, un même combat : la dignité », à l’approche de la Journée mondiale des toilettes, célébrée le 19 novembre.
Lancée le 11 août, cette campagne prévoit la diffusion d’un message quotidien pendant 100 jours, jusqu’au 19 novembre. À travers cette initiative, l’association entend sortir la question des toilettes publiques du registre des sujets tabous pour en faire un véritable sujet de débat citoyen, en mettant l’accent sur quatre exigences : disponibilité, propreté, entretien et sécurité.
Derrière une problématique souvent considérée comme secondaire se trouve pourtant un enjeu directement lié à la santé publique, au bien-être et à la dignité. Dans les espaces publics, les établissements scolaires, les lieux de travail ou encore les zones de déplacement, l’absence de sanitaires adaptés peut compliquer considérablement la vie quotidienne de nombreuses personnes.
La question revêt une dimension particulière pour les femmes et les filles. La disponibilité de sanitaires propres, accessibles, entretenus et sécurisés constitue un élément important en matière de santé, de sécurité et de dignité, notamment dans les espaces publics et lors des déplacements.
Les données internationales témoignent par ailleurs des défis qui subsistent dans le domaine de l’assainissement. Selon les données 2024 de l’initiative conjointe OMS/UNICEF de suivi de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène, 8,4 % de la population marocaine utilisait un service d’assainissement géré en toute sécurité. Ce chiffre porte toutefois sur l’assainissement au sens large et ne constitue pas une mesure spécifique de l’accès aux toilettes publiques.
Pour EWA, l’objectif est désormais d’élargir le débat et de transformer une problématique du quotidien en une question collective. L’association souhaite ainsi mobiliser les citoyens, les collectivités territoriales, les décideurs publics, les entreprises, les médias, les créateurs de contenu et les organisations de la société civile afin de favoriser l’émergence de solutions concrètes et durables.
« Nous devons tous nous manifester pour exiger ce droit à la dignité, aujourd’hui malmenée par le manque ou l’absence de toilettes publiques accessibles, propres, entretenues et sécurisées. Nous ne demandons pas la lune, juste le respect des besoins élémentaires de chaque citoyen », souligne Farida Jaidi, présidente de l’Environment Women Association.
Au-delà de la dimension sanitaire et sociale, EWA met également en avant le potentiel économique lié à la création et à la structuration d’un véritable réseau de toilettes publiques. La mise en place de telles infrastructures pourrait mobiliser plusieurs filières et générer des activités autour de leur conception, leur construction, leur équipement et leur gestion.
L’ingénierie et le BTP seraient notamment concernés par la conception et la réalisation d’infrastructures adaptées aux différents espaces. La plomberie et les métiers liés à la gestion de l’eau pourraient également être sollicités pour l’installation et la maintenance des équipements. À cela s’ajoutent les activités de nettoyage et d’entretien, la gestion et la sécurisation des espaces ainsi que la collecte, le traitement et la valorisation des déchets.
Cette approche permet de repositionner les toilettes publiques dans une réflexion plus large sur l’aménagement urbain et la qualité des services publics. Il ne s’agit plus uniquement de construire des installations, mais de penser leur implantation, leur accessibilité, leur entretien, leur sécurité et leur fonctionnement dans la durée.
L’enjeu est d’autant plus important que la qualité des espaces publics participe directement à l’attractivité des villes et au bien-être des populations. Pour les collectivités, le développement d’un réseau sanitaire de proximité pourrait ainsi s’inscrire dans les politiques d’amélioration du cadre de vie et de modernisation des services urbains.
Durant les 100 jours de campagne, EWA prévoit de multiplier les messages, témoignages et prises de parole pour sensibiliser l’opinion et favoriser l’engagement des différents acteurs. L’association appelle les collectivités, les entreprises, les médias, les journalistes, les créateurs de contenu, les associations et les citoyens à relayer cette mobilisation.
À terme, l’ambition affichée est de passer du constat à l’action. Le 19 novembre doit ainsi constituer un point d’aboutissement symbolique d’une campagne destinée à encourager une réflexion concrète sur la disponibilité et la qualité des toilettes publiques au Maroc.
Derrière cette revendication apparemment élémentaire se joue finalement une question plus large : celle de la capacité des villes et des territoires à garantir des services essentiels, accessibles à tous et respectueux de la dignité de chacun.
