Toilettes publiques : tout savoir sur la campagne de l’Environment Women Association pour la dignité (Interview)

À l’approche de la Journée mondiale des toilettes, célébrée chaque année le 19 novembre, l’accès à des sanitaires publics propres, accessibles, entretenus et sécurisés s’impose comme un véritable enjeu de santé, d’hygiène, de dignité et de qualité de vie au Maroc.
Au Maroc, l’Environment Women Association (EWA) a lancé, le 11 août, une campagne de sensibilisation de 100 jours pour mettre en lumière une question encore trop souvent reléguée au second plan. Intitulée « 100 jours, 100 messages, un même combat : la dignité », l’initiative se poursuivra jusqu’au 19 novembre, date de la Journée mondiale des toilettes, à travers la diffusion quotidienne de messages destinés à sensibiliser les citoyens à l’importance de l’accès à des sanitaires adaptés, mais aussi à leur utilisation et à leur préservation.
Dans une interview accordée à 2M.ma, Farida Jaidi, présidente de l’Environment Women Association (EWA), revient sur les objectifs de cette initiative et souligne l’importance de considérer les sanitaires comme une véritable question de santé publique et de dignité. Elle évoque également les défis liés à l’accès des femmes et des enfants à des installations adaptées, ainsi que la responsabilité des citoyens dans la préservation des équipements publics.
Votre campagne « 100 jours, 100 messages, un même combat : la dignité » appelle à une utilisation plus respectueuse et à une meilleure préservation des sanitaires. Quels changements de comportement souhaitez-vous concrètement faire émerger chez les citoyens ?
Farida Jaidi : Je souhaite avant tout que les citoyens comprennent que les toilettes ne sont pas un sujet secondaire. Nous en avons tous besoin, à un moment ou à un autre, nous-mêmes ou nos familles.
Il faut donc apprendre à respecter ces espaces : ne pas les dégrader, les laisser propres après leur utilisation et respecter les équipements. Ce sont des gestes simples, mais qui disent beaucoup sur notre civisme et notre respect des autres.
L’objectif de cette campagne est d’installer progressivement cette prise de conscience dans les comportements quotidiens. Un sanitaire public est un équipement dont chacun peut avoir besoin. Il faut donc en prendre soin et permettre à chacun de l’utiliser dans de bonnes conditions.
L’accès à des toilettes propres et dignes est souvent considéré comme un sujet secondaire. Pourquoi est-il, selon vous, un véritable enjeu de santé publique et de dignité humaine au Maroc ?
Farida Jaidi : Parce que les toilettes répondent tout simplement à un besoin physiologique fondamental. Ce n’est ni un luxe ni un sujet secondaire.
Quand on parle de toilettes publiques propres, accessibles, entretenues et sécurisées, on parle de santé, d’hygiène et de dignité. Chaque personne doit pouvoir satisfaire ce besoin dans des conditions normales, propres, sûres et respectueuses de son intimité.
Les autorités compétentes ont donc un rôle important à jouer pour répondre à ce besoin fondamental et garantir des sanitaires adaptés dans les espaces publics.
C’est une question de santé publique, mais aussi une question de respect de la personne et de sa dignité.
Les femmes et les enfants sont particulièrement concernés par les questions d’hygiène et d’accès à des sanitaires adaptés. Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels ils sont confrontés, notamment dans les écoles et les espaces publics ?
Farida Jaidi : Les femmes et les enfants sont particulièrement concernés par cette question, notamment parce qu’ils ont besoin de sanitaires propres, accessibles, entretenus et sécurisés, qui préservent leur intimité.
À l’école, par exemple, les enfants doivent pouvoir disposer de toilettes convenables, propres et sûres. Ils doivent également apprendre dès leur plus jeune âge à respecter ces espaces. C’est aussi une question d’éducation et de responsabilisation.
Pour les femmes, dans les espaces publics, il est essentiel de pouvoir trouver des sanitaires propres, accessibles, entretenus et sécurisés, afin de pouvoir les utiliser dans des conditions dignes et sereines.
Nous devons donc être attentifs aux besoins de chacun et faire en sorte que les sanitaires soient réellement adaptés aux personnes qui les utilisent.
Votre campagne intervient également sur la question de la préservation des installations existantes. Pourquoi est-il aussi important d’apprendre à respecter et à entretenir les équipements sanitaires que d’en construire de nouveaux ?
Farida Jaidi : Parce que construire des toilettes ne suffit pas. Il faut aussi les préserver. Si une installation est dégradée par les utilisateurs ou mal entretenue, elle perd rapidement sa fonction et c’est finalement toute la collectivité qui en subit les conséquences.
Il y a donc une responsabilité des autorités, qui doivent assurer l’entretien, la sécurité et le bon fonctionnement des installations, mais il y a aussi une responsabilité du citoyen. Nous devons comprendre que ces équipements sont là pour nous, pour nos familles et pour tous les citoyens. Les respecter, c’est donc aussi se respecter soi-même et respecter les autres.
Et au-delà de cela, la manière dont nous entretenons nos espaces publics reflète aussi l’image de notre pays. C’est une responsabilité collective.
À l’approche de la Journée mondiale des toilettes, célébrée le 19 novembre, quel bilan souhaitez-vous dresser au terme de ces 100 jours de campagne ? Et quel message souhaiteriez-vous adresser aux pouvoirs publics, aux établissements scolaires et aux citoyens ?
Farida Jaidi : J’aimerais qu’au terme de ces 100 jours, nous ayons réussi à faire comprendre que la question des toilettes mérite réellement notre attention.
Je souhaite que ce sujet ne soit plus considéré comme quelque chose de secondaire ou dont on ne parle pas. Il concerne la santé, l’hygiène, la sécurité, la dignité et la vie quotidienne de chacun. Aux autorités compétentes, je dirais qu’il est important de répondre à ce besoin fondamental en garantissant des toilettes publiques propres, accessibles, entretenues et sécurisées.
Aux établissements scolaires, je dirais qu’il faut également éduquer les enfants au respect et à la préservation de ces espaces, tout en veillant à leur offrir des conditions sanitaires dignes et adaptées. Et aux citoyens, je voudrais simplement rappeler que nous devons prendre soin de ce dont nous avons nous-mêmes besoin. Ne pas dégrader les sanitaires, c’est respecter les autres, respecter sa famille et contribuer aussi à préserver l’image de notre pays. C’est finalement une question de bon sens, de civisme et de dignité.
